Sala Baï : une école hôtelière pas comme les autres au Cambodge

Lors de mon séjour de 5mois au Cambodge, j’ai beaucoup entendu parler de Sala Baï. Plusieurs raisons ont fait que cet article me tenait à coeur depuis pas mal de temps : premièrement, ceux qui me connaissent savent que je suis vraiment touchée par les actions humanitaires en tout genre. Aussi, cela touche le secteur de l’hôtellerie, celui dans lequel je souhaite évoluer professionellement…
Sala Bai est une école hôtelière, fondée en 2002 par l’association Agir pour le Cambodge, afin de lutter contre la pauvreté et le trafic d’êtres humains au Cambodge, par la formation et l’insertion professionnelle de jeunes défavorisés.
 

L’école

 


 

Sala Baï est une école hôtelière  qui offre une formation gratuite à plus de 100 élèves chaque année, avec une priorité de 70% de filles, qui ont généralement plus de difficultés à intégrer le monde du travail que les garçons. De 17 à 23 ans, avec un niveau scolaire minimum de la 6ème, des jeunes des campagnes Cambodgiennes peuvent passer des tests écrits et un entretient de motivation afin d’intégrer l’école.

Pendant 11 mois, les élèves vont apprendre toutes les facettes d’un secteur de l’hôtellerie : restauration, cuisine, réception, service d’étage et bien-être. Ils vont avoir la chance de suivre des cours théoriques et pratiques, mais aussi d’effectuer un stage dans les hôtels de Siem Reap.

Sala Baï prend en charge tous les coûts à la formation : les frais de scolarité mais aussi les frais de vie, puisque les étudiants sont logés et nourris, et bénéficient d’une prise en charge médicale gratuite.

A la fin de leur formation, les jeunes sont guidés afin de trouver leur premier job : et 100% des élèves trouvent leur premier travail, souvent rémunérés plus que leurs parents ce qui leur permet d’aider leur famille, leur frères et sœurs, d’étudier à leur tour !

L’équipe de Sala Bai est entièrement cambodgienne, et est composée de 29 personnes, dont des anciens élèves qui ont décidé de transmettre leur savoir appris dans cette école (par exemple, Vanndy, qui détient le petit salon de massage V Salon & Spa dont je vous parle dans mon article sur Siem Reap, accompagne les élèves en Soins et Beautés). Cependant, quelques expatriés Français se sont aussi lancés dans l’aventure, comme le Directeur Général, Philippe Bés, la Directrice Adjointe Emile Deschaseaux et Anne Laure Bartenay, (qui vous raconte son expérience à la fin de l’article).
 

Le restaurant, l’hôtel et le SPA d’application

 

Afin que les élèves puissent pratiquer en conditions réelles, Sala Baï a mis en place un hôtel, un restaurant et un SPA d’application, qui permettent aux élèves de s’entrainer à leur spécialité mais aussi de récolter de l’argent pour financer une partie de leur formation.
 

Restaurant d’application

 


 

En cuisine, les élèves concoctent des recettes traditionnelles Khmers mais aussi des plats français.
 


 


 


 

En salle, ils servent des clients réels, venus pour déguster et découvrir cette école. Les menus changent régulièrement afin de leur apprendre une diversité de plats
 


 

C’est dans le cadre du travail que j’ai pu tester le restaurant, qui est d’ailleurs très joli, avec une décoration à la fois traditionnelle mais aussi moderne et épurée. Concernant les plats servis, il faut dire que c’est délicieux, à l’image d’un restaurant 4 étoiles ! Le goût y est ainsi que la présentation des assiettes. Prévoyez un peu de temps, car le service est un peu long : il faut être compréhensif, n’oubliez pas que ce sont les étudiants qui cuisinent et vous servent, et qu’ils sont toujours en période d’apprentissage ! En tout cas, ça vaut le coût. Un bon déjeuner pour la bonne cause, ça ne fait pas de mal !

Il faut compter environ $ 12 pour un repas, ce qui équivaut au financement d’une journée de formation pour un élève ! Le restaurant est ouvert du lundi au vendredi, uniquement le midi : Sala Baï est avant tout une école, ce qui explique que le restaurant soit fermé le soir, le week-end et pendant les vacances scolaires.

Hôtel d’application

 


 

L’hôtel d’application comporte 6 chambres : les chambres Supérieures, les chambres Deluxe, la Junior Suite et la Suite Sala Baï. Toutes les chambres sont joliment décorées, et entièrement équipées : climatisation, mini bar, café et thé, Wifi…

Et tout ça à des prix très raisonnables, par exemple la Suite Sala Baï est seulement à $60 par nuit pour deux personnes (beaucoup moins cher que dans un hôtel à Siem Reap).
 


 

Lors de mon passage au restaurant, j’ai pu visiter la suite Sala Baï, et il faut dire que c’était au-dessus de mes attentes. La suite est joliment décorée, simple et épuré, tout le matériel nécessaire pour un bon confort est effectivement mis à disposition des clients. Si j’avais pu y rester une nuit, je l’aurais fait avec plaisir !

L’hôtel est ouvert de mi-octobre à mi-juillet, sauf durant les vacances du Nouvel An Khmer (2 semaines mi-avril).
 


 

SPA d’application

 

Selon la période, les clients de l’hôtel peuvent aussi profiter d’un SPA où les élèves de Soins et Beauté s’exercent quotidiennement.
 


 

En bref

 

Sala Baï, c’est un joli projet qui ne cesse de grandir depuis sa création. D’ailleurs, l’école a fêté son 15 ème anniversaire en mai, durant une soirée organisée au Sofitel de Siem Reap avec la collaboration de 5 chefs.

Réputée au Cambodge et sur Siem Reap, c’est un passage obligé à la visite de la ville. Rien de mieux que d’aller passer un moment dans un lieu où les étudiants sont aussi accueillants. On ressent en eux la joie d’être là, d’apprendre, mais aussi cet épanouissement personnel et professionnel.. Une bonne leçon de vie !
 

L’ITV d’Anne Laure, jeune Française expatriée, responsable du marketing et de la communication de Sala Baï

 

En parallèle avec cette présentation de l’école hôtelière, j’ai voulu interviewer Anne Laure, afin qu’elle vous livre les raisons de son expatriation et de son expérience au sein de Sala Baï.

Ton expatriation au Cambodge

 

Hello Anne-Laure, pourrais-tu te présenter ?  

Anne Laure : Hello, je m’appelle Anne Laure, j’ai 31 ans, je suis originaire de Paris et cela fait presque deux ans que je suis en mission VSI au Cambodge pour Sala Baï où je suis en charge de la communication et de la levée de fonds.
 

Quelles sont les raisons qui t’ont poussée à changer de vie et à t’expatrier ?

Anne Laure : C’est avant tout un besoin de redonner du sens à mon métier et à ma vie en générale. Après 4 ans dans le monde du conseil en stratégie et management, j’avais envie de changer de job et j’avais surtout besoin de me sentir utile dans mon métier et dans mon secteur d’activité. Le monde du conseil parisien ne me convenait plus.
 

Pourquoi avoir choisi le Cambodge ? Qu’es ce qui t’attirait dans ce pays ?

Anne Laure : Je n’ai pas vraiment choisi le Cambodge c’est le poste qui m’a amené ici. J’ai fait un voyage de 15 jours avec des amis et je suis littéralement tombée amoureuse de ce pays et surtout des cambodgiens, de leurs sourires, de leur accueil et de leur manière de vivre. J’ai surtout rencontré la bonne personne au bon moment : un jeune homme dénommé Thomas qui avait exactement le même profil que moi et qui venait de s’expatrier au Cambodge avec sa femme et son petit garçon en tant que VSI pour PSE. En rentrant à Paris, j’ai recherché les VSI disponibles en marketing, il n’y en avait qu’un, c’était pour Sala Baï à Siem Reap, je n’ai pas hésité une seule seconde et j’ai postulé. 4 mois plus tard je quittais la France pour une durée de 2 ans.
 

Peux-tu nous raconter tes premières impressions lorsque tu es arrivée à Siem Reap ? Comment s’est passé ton intégration au pays ? 

Anne Laure : En une semaine, j’ai été très vite intégré, que ce soit dans travail où dans ma vie personnelle, les volontaires ont un sens de l’accueil que j’ai peu connu en France où ailleurs, chacun étant passé par là, nous mettons un point d’honneur à accueillir nos pairs comme il se doit. Aujourd’hui, en tant « qu’ancienne », je prends plaisir à accueillir les « nouveaux » et leur donner les « bons plans » en ville. Comme l’adresse de V Spa par exemple 😉 En ce qui concerne les Cambodgiens, comme je l’ai déjà dit, ils ont un sens de l’accueil et de l’hospitalité que je n’ai jamais retrouvé même dans d’autres pays d’Asie et ce sourire… est vraiment contagieux !
Aujourd’hui, je peux dire que je me sens chez moi ici et que je m’y sens bien !
 

Qu’est-ce qui te plait là-bas, et au contraire qu’est-ce qui te plaît moins ? Des traditions particulières ? Quelles différences avec ta vie en France ? Pourrais-tu nous raconter ton meilleur souvenir au Cambodge ?

Anne Laure : Ce qui me plait le plus ici ? La douceur de vivre … Même si je travaille pas mal, les moments libres ne sont que pur plaisir ! Je fais ce que je veux, je n’ai aucune contrainte, j’ai découvert ici ce que signifiait le mot liberté. J’ai beaucoup plus d’activités que lorsque j’étais à Paris : yoga, zumba, boxe… J’ai également un très bon cercle d’amis et ai une vie sociale aussi dense qu’à Paris !
Je me suis épanouie ici et me sens à ma place, je pense pouvoir dire que je n’ai jamais été aussi heureuse qu’aujourd’hui. De plus, j’aime la culture et l’état d’esprit des Cambodgiens, basés sur le bouddhisme : vivre le moment présent ! C’est quelque chose que j’ai appris ici et que je pratique au quotidien. Je me suis également apaisée, je ne râle presque plus (bon je reste parisienne), et j’ai appris à relativiser… au contact des Cambodgiens. Au vue de leur histoire et de leurs conditions de vie, ils restent positifs et profitent de la vie comme elle vient tout en souriant… ils m’ont donné une belle leçon de vie !
Vous l’aurez compris, rien qui me plaise moins mise à part la chaleur et les moustiques…
Comme je l’ai dit, la principale différence avec ma vie en France : j’en profite beaucoup plus ici !
Mon meilleur souvenir … j’en ai tellement, que ce soit à l’école avec les étudiants, mes sorties avec des amis ou encore quand ma famille est venu me voir. J’arrive encore à m’émerveiller pour une situation anodine, un paysage même après deux ans !
 

Ta place à Sala Baï

 

Comment as-tu découvert Sala Baï ? Et qu’est-ce qui t’a poussé à postuler pour le poste que tu occupes dans cette école ?

Anne Laure : J’ai découvert Sala Baï en cherchant un VSI sur la plateforme dédiée aux offres dans le monde. Comme je le disais précédemment, c’était la seule offre en marketing. A la lecture de l’offre j’ai su que c’était exactement ce que je voulais et j’ai été immédiatement séduite par le projet et la mission de l’école. Au-delà du projet, on se le dit souvent, mais je me suis reconnue dans le poste, hormis la partie levée de fonds, les taches correspondaient à ce que je faisais dans mon ancien job mais dans un contexte très différent. Le côté « volontariat » m’a séduit, c’est la première fois que je postulais pour travailler dans une ONG. Cela correspondait vraiment à mon besoin de redonner du sens à mon travail et à ma vie plus généralement.
 

Pourrais-tu parler de ton poste ? En quoi consiste ce métier et qu’est-ce qui te plait dans ce domaine ? Pourrais-tu nous décrire une journée type à Sala Baï ?

Anne Laure : Mon poste consiste à assurer la communication de l’école et du projet sur tous les différents types de supports, du papier au digital. J’ai également tout une partie « relationnelle » avec nos différents partenaires locaux et donateurs dans le monde. De même qu’avec l’hôtel et le restaurant d’application, je m’occupe d’accueillir les clients et de leur présenter le projet. Ma mission principale est d’assurer la visibilité et la notoriété de l’école en créant des partenariats ou en organisant des événements pour lever des fonds pour l’école. Autre axe majeur de mon métier, collecter des fonds pour financer le programme. C’est ce que j’aime le plus dans mon métier : rencontrer des gens du monde entier et leur parler de ce beau projet auquel je crois !
Il n’y a pas de journée type à Sala Baï, c’est pour cela que ce poste est passionnant, il n’y a pas de routine, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas et le temps passe à une vitesse… quand je vois que j’arrive au terme de mes deux années de missions. J’ai vécu plus d’expériences ici en deux ans qu’à Paris au cours des quatre dernières années !
 

L’aspect humanitaire de ton métier est omniprésent. Etait-ce quelque chose que tu recherchais de base ? Et aujourd’hui, qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Anne Laure : J’ai déjà plus ou moins répondu à la question, la quête de sens était ma ligne directrice en revanche je n’étais pas spécialement vocalisée sur l’humanitaire. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai retrouvé ce sens et je suis donc épanouie et je me sens « à ma place » ici.
 

As-tu un moment particulier au sein de l’école que tu souhaites nous partager ?

Anne Laure : Il y en a beaucoup mais certains comme le premier jour d’école, la remise des diplômes ou le voyage de fin d’année au bord de la mer sont des moments particulièrement riches en émotions. Voir cette petite lumière dans les yeux des étudiants lorsqu’ils découvrent la mer pour la première fois, ça vaut les 12h de bus en mode karaoké. Et l’évolution des étudiants entre le premier jour et la remise des diplômes où ils posent fièrement avec leur certificat pour la photo au côté des ministres … heureusement que je peux me cacher derrière mon appareil photo pour dissimuler mon émotion !
 

Et après ?

 

À ce que je sais, ton contrat est bientôt terminé. Quels sont tes plans ?

Anne Laure : En effet, dans un mois ce sera fini mais j’ai déjà trouvé ma prochaine mission ! Je reste en VSI, à Siem Reap et je vais travailler pour Soieries du Mékong, un autre beau projet social qui formes des femmes cambodgiennes issues de zones rurales défavorisées (Banteay Chhmar) au métier de tisserande. L’entreprise les forme et leur assure une source de revenus tout en perpétuant la tradition du tissage à la main.
 

Ne penses-tu pas que qu’après cette expérience, de découvertes et de rencontres, ton rapport au voyage sera changé ? Te vois-tu retourner définitivement en France ? Ou au contraire, souhaites-tu t’expatrier une nouvelle fois dans un nouveau pays ?

Anne Laure : Plus que changé même, actuellement je n’envisage pas de rentrer en France et cela n’a fait que renforcer mon gout pour le voyage et la découverte de nouvelle culture ! Après le Cambodge j’envisage de changer de continent et de m’expatrier en Amérique Latine.
 

Pour finir, aurais tu des conseils pour les personnes qui souhaitent s’expatrier, dans le domaine de l’humanitaire ou pas, au Cambodge comme partout ?

Anne Laure : Foncez ! C’est une expérience incroyable, surtout sur le plan humain, vous en sortirez transformé et grandi.
 

Mille mercis à Anne Laure qui a répondu à mes questions et nous a livré son expérience au Cambodge, à Sala Baï !
 

♡ Pour plus d’informations, suivez Sala Baï sur son site web ou sur sa page Facebook. Vous souhaitez les soutenir ? Alors vous pouvez faire un don ici !
 

En espérant que cet article vous ai plu ! D’ailleurs, qu’est-ce que vous en pensez ? Connaissez-vous des écoles similaires ?

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